Blanche

Blanche

Texte : Lyne
Illustration : Gabi

Blanche était riche. Enfin, sa fortune n’était que cacahuètes au regard des rupins démesurément psychopathes, (ou psychopathes démesurément rupins, comme on veut) qui dominent nos sociétés, mais évoquer « Tata Blanche », faisait simultanément surgir le mot « Argent », dans l’esprit de n’importe quel membre de la famille.
C’était ma grand-tante. Elle n’avait pas d’enfants. Et chacun de ses neveux et nièces espérait à des degrés de convoitise divers, toucher une part du gâteau à sa mort. Il se trouve, pour clore le sujet de l’héritage, que ce fut la plus jeune et la moins gâtée par la vie qui en fut dépositaire dans sa totalité.

Blanche vivait toujours dans des appartements étouffants, pleins de dorures, surchargés de meubles et d’objets de valeur qui côtoyaient allégrement la pacotille la plus clinquante. Idem pour les bijoux dont elle était couverte, et qu’elle distribuait parfois, frustrant l’avidité des bénéficiaires qui en espéraient plus. Elle aimait les mondanités, était gaie et fantasque et croyait aux esprits. Elle porta jusqu’à la fin de sa vie des tenues extravagantes dont on se moquait parfois.

Elle mourut à quatre-vingt-cinq ans. La nuit qui suivit l’annonce de son décès, je fis un rêve qui me marque encore plus de vingt ans après, tant il était fort et contrastait avec la vie qu’elle avait menée. Sans doute n’était-il qu’une construction de mon inconscient, mais il résonna et résonne toujours en moi comme un appel à la légèreté.
Elle se trouvait en haut d’une montagne face à un horizon dégagé et très beau. La scène était ensoleillée. Elle était nue, libre et rayonnante, et elle disait : « Que c’est bon de ne rien posséder. »
Je me réveillai alors, cette phrase en écho, en proie à une stupeur joyeuse, enveloppée d’un bien-être extrême.

Blanche, si tu peux, essaie de porter ton message aux pétés de thunes qui ne savent plus quoi en faire et qui pourtant en veulent toujours plus… Peut-être que si ils savaient que de toute façon ils se retrouveront à poil et que ce sera super jouissif, ils commenceraient de leur vivant à en lâcher un peu pour que ceux qui sont dans la mouise aient moins froid, moins faim, et puissent s’éclater un chouia. Parce que de ce côté-ci de la frontière, on a la pesanteur, la météo et des corps à faire fonctionner. Un minimum, quoi ! Après ça, on peut se poser quelques questions sur ce qui compte vraiment et tenter de se libérer un peu de cet argent qui pourr… Tiens, ça clignote…. un message de ma banque… en rouge… « Veuillez contacter de toute urgence votre conseiller… » Aïe, aïe, aïe…
Bon, je vais plutôt aller me balader en sifflotant, les mains dans mes poches trouées… Le conseiller attendra, puis je lui raconterai l’histoire de ma grand-tante, on sait jamais, il va peut-être avoir une révélation.

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