Édito novembre 2017 – La contrainte

Petite philosophie de la contrainte à la con

Texte : Jo Kawak
Illustration : Val

Souvent, je me demande si la contrainte est nécessaire. Écrire en se forçant vaut-il mieux que ne pas écrire du tout ? La sérénité n’est-elle pas le contexte le plus adapté à la création ? Contrainte = Sensation d’obéissance non désirée = Agacement = Absence de sérénité. Vous suivez ? Cela voudrait donc dire qu’un écrit non naturel, né d’une inspiration sans évidence, donnera quelque chose de mauvais.

D’un autre côté, écrire sous contrainte empêche le laisser-aller, évite toute tentation de procrastination. Avoir une « deadline » pour rendre un texte, par exemple, est une bonne façon de ne pas laisser filer le temps. Sinon, vous pouvez être sûr que le texte sera écrit « un jour », que ça peut bien attendre. Au final, il n’arrivera peut-être jamais.

Est-ce qu’il vaut mieux avoir un bon texte qui n’arrive jamais ou un mauvais qui sera là à l’heure ?

Et puis, la contrainte de temps est une chose, mais il y a aussi celle du thème. On attend d’un auteur qu’il nous transporte dans une histoire. Celle-ci naît dans son cerveau, dans un imaginaire qui n’a de sens que le hasard de ses pensées. Une contrainte de thème ne dirigerait-elle pas la réflexion ? Imposer un sujet n’est-ce pas la dictature de la pensée pure ? Ne cloisonne-t-elle pas l’imagination de l’écrivain ? Ce manque de hasard et de liberté intellectuelle risque aussi de contraindre de manière néfaste pour un résultat mauvais.

En conclusion, vous m’avez compris : laissons le temps et la liberté aux auteurs. Donc venez pas m’emmerder avec votre « contrainte » à rendre avant la fin du mois. Sinon, je vous balance ma petite philosophie de la contrainte à la con.

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