Le jour de l’automne

Texte : Gabi
Illustration : Cortez

Il y a des jours qui vous marquent dans une vie. Pour moi, c’est le 23 septembre, le jour de l’automne, et plus exactement un dimanche 23 septembre, dans l’année de mes 14 ans.

Je m’étais levée tardivement ce jour-là, et lorsque j’arrivais dans la cuisine pour prendre le petit déjeuner je trouvais ma mère dans une humeur bien sombre. Et puis elle a fini par cracher le morceau : « Personne n’a pensé à me souhaiter mon anniversaire aujourd’hui ». Je m’empressais de l’embrasser en m’excusant, toute surprise d’avoir oublié, cela ne m’était jamais arrivé. Mais voilà, le mal était fait et ma mère enchaînait les plaintes culpabilisantes. Voulant à tout prix la consoler, je décidais de m’habiller rapidement et de prendre ma mobylette pour aller à la recherche d’un cadeau de dernière minute.

Trop tard, plus un commerce d’ouvert, midi ayant sonné depuis un petit moment déjà. Il me restait la solution d’aller cueillir un beau bouquet de fleurs des champs, elle aimait beaucoup ça. Après plusieurs kilomètres dans la campagne environnante je me rendais à l’évidence : plus une seule fleur sauvage en cette saison. Il n’y avait plus qu’à rentrer, bredouille, le coeur triste. Une voiture roulait alors devant moi. Perdue dans mes pensées, je ne vis pas qu’elle avait ralenti et, réalisant soudain que je m’en rapprochais dangereusement, je mis un coup de frein si fort que je décollais de ma selle. La voiture étant repartie pendant mon vol plané, je m’écrasais sur la route, à plat ventre.

Sous le choc l’air de mes poumons fut chassé entièrement. J’avais beau me débattre, impossible de reprendre de l’air, j’étouffais comme un poisson hors de l’eau. Le temps s’est d’abord mis à tourner au ralenti puis tout à coup j’ai comme glissé sur un toboggan, dans un tunnel tout noir, les images de ma courte vie passant en accéléré dans ma tête. Je suis revenue à moi quelques instants et, n’arrivant toujours pas à respirer, je suis repartie dans le tunnel. Les images ont à nouveau défilé mais la dernière fut vraiment terrifiante : j’étais allongée au fond d’un trou, ma tombe, et ma famille était au-dessus, en pleurs, me recouvrant de poignées de terre et de fleurs des champs, en guise d’adieu. Puis je suis revenue à moi. J’ai vu le ciel bleu de ce 23 septembre et j’ai pensé que c’était un trop beau jour pour mourir. Alors dans un ultime élan de survie, quand j’ai senti que j’allais repartir pour de bon dans le noir, j’ai hurlé de toutes mes forces, comme un nouveau-né, et par miracle mes poumons se sont ouverts.

Ce dimanche 23 septembre de l’année de mes 14 ans, je venais au monde pour la seconde fois.

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